Le Tremplin, interview de Benjamin Carlier

Interview réalisée par Violaine Vaubourgoin , mis en ligne sur La face cachée du sport , le 18 avril 2016.

LE TREMPLIN, FLEURON FRANÇAIS DU DIGISPORT À TRAVERS LE MONDE!

ITW TREMPLIN BC

Fort de ses 17 start-ups en incubation, ce qu’on ignore souvent, c’est que le Tremplin est également une start-up ! Fondée en juillet 2014 sous l’égide de Paris&Co (agence de l’innovation et de l’attractivité de Paris), cette ruche dédiée aux innovations dans le sport est dirigée par Benjamin Carlier qui nous a accordé un entretien exclusif le 12 avril dernier.

POURQUOI LE TREMPLIN EST-IL SI PARTICULIER ?

Il faut savoir que cet écosystème dédié au sport est unique au monde. Il a reçu la visite de nombreuses délégations étrangères venues prendre le pouls de cette « exception » française. On est venu d’Italie, d’Ecosse, mais aussi de Nouvelle-Zélande, du Brésil ou même de Chine pour analyser ici ce qui pourrait être dupliqué ailleurs. Le Tremplin a déjà un partenariat avec les Pays Bas. L’initiateur du « Tremplin » local souhaite même que Benjamin Carlier vienne le voir pour l’aider à convaincre les décideurs locaux ! 

QU’Y PROPOSE-T-ON AUX START-UPS SÉLECTIONNÉES ?

Cet incubateur offre à ses locataires, outre la promesse d’un environnement enrichi par la présence des autres sociétés, un accompagnement basé essentiellement sur du coaching et des ateliers de réflexion collaborative. Par ailleurs, le lien avec les partenaires du Tremplin, industriels ou institutionnels, est aussi très important. Faire partie du Tremplin permet aux start-ups de pénétrer le monde de l’économie du sport.

Le Tremplin Jean Bouin
Visite des futurs locaux du Tremplin au Stade Jean Bouin

Et, ce qui ne gâte rien, tous auront la jouissance, dès le mois de mai, d’un environnement exceptionnel en s’installant au stade Jean Bouin.

QUELS SONT LES DEVOIRS DES START-UPS SÉLECTIONNÉES ? 

Il s’agit d’une aventure qui n’est pas donnée à tout le monde. Les critères de sélection sont stricts et permettent de pousser loin le niveau d’exigence. Par exemple, un jeune entrepreneur qui n’a que son idée en poche et sans perspective de rentrée d’argent dans la première année ne pourra pas voir sa candidature retenue. Les sélectionnés devront sortir un billet de 12 000 euros, sorte de ticket d’entrée, auxquels s’ajouteront les loyers mensuels pour l’occupation des locaux. Hors de prix ? Pas forcément. D’une part, c’est un gage de maturité du business model de l’entreprise candidate, condition sine qua non pour faire partie des élus. D’autre part, ces dépenses peuvent être tout ou partie compensées par un fonds de subvention accordé par la Mairie de Paris et la BPI.

COMBIEN COÛTE LE TREMPLIN À LA MAIRIE DE PARIS ?

« Nous avons vocation, à terme, à créer un modèle financièrement autonome. » répond Benjamin Carlier. « Pour notre propre phase de démarrage, nous avons été subventionnés par la Mairie de Paris (moins de 50 K€ en 2016 – NDLR). Nous essaierons à terme de ne nous développer qu’avec les droits d’entrée des start-ups et grâce à des partenaires privés ». Pour l’heure, ces partenaires sont La Française des Jeux, Nike, l’UCPA, Accor Hôtel Arena, la Maif et Lepape qui ont chacun payé pour intégrer ce club des partenaires d’un nouveau genre (le billet d’entrée est estimé autour de 50 k€ dans certains médias).

Le business model du Tremplin est donc rentable, mais Benjamin Carlier n’oublie pas la vocation publique de son entreprise. Avec moins de 500 000 euros annuels, on peut donc contribuer à lancer 17 entreprises. Et d’ici un mois, avec l’accueil de la seconde promotion, ce seront près de 30 start-ups qui seront accompagnées par Le Tremplin. Le calcul est vite fait de la rentabilité de cette mission sur un plan économique et social.

« L’enjeu pour la Mairie de Paris est de créer des emplois et de la valeur sur un vrai secteur économique, contribuer à la promotion du sport avec des solutions pour le pratiquer dans un contexte urbanisé. L’idée est de faire de Paris une place forte de l’économie du sport. » ajoute Benjamin Carlier.

COMBIEN DE TEMPS INCUBE-T-ON ?

« Le temps d’incubation est variable et dépend de la maturité de la start-up. Au Tremplin, c’est a priori 2 à 3 ans, avec une durée maximale de 3 ans. Après, l’incubation ne s’arrête jamais tant les think tanks sont essentiels à l’innovation » répond Benjamin Carlier. Par exemple, Running Heroes n’occupe plus les locaux du Tremplin. C’est aujourd’hui une start-up qui vole de ses propres ailes et qui pour autant souhaite continuer à bénéficier du réseau et des ateliers proposés par le Tremplin. De toute façon, si au-delà de 3 ans la start-up éprouve encore le besoin d’être accompagnée, il faut s’interroger sur sa capacité à décoller. « Parfois il faut savoir mourir » avoue Benjamin Carlier avec lucidité.

L’E-SPORT A-T-IL SA PLACE AU TREMPLIN ?

« Nous avons vocation à être à la pointe, et il est clair que l’e-sport fait partie de l’avenir. Mais pour l’instant c’est un sujet compliqué pour le Tremplin » répond Benjamin Carlier. « C’est un écosystème dont il est difficile de connaître tous les acteurs. Il nous faut nous interroger sur les connexions réelles entre sport et e-sport et donc sur les avantages pour une start-up de l’e-sport de venir au Tremplin ».

Une fois les réponses posées, il est certain que le Tremplin peut devenir un incontournable pour l’e-sport. « Il suffirait de trouver des partenaires afin de mettre en place le même programme que pour le sport » Mais, pour Benjamin Carlier, cela reste un business difficile : « tant que l’e-sport ne sera pas davantage structuré, les start-ups auront du mal à se positionner dessus »

ET… OU SONT LES FEMMES ?

Traitement de faveur ou recherche d’équité ? Avec le programme « les sprinteuses » développé par « Paris Pionnières », les startuppeuses seront accueillies dès le stade de l’idée. Elles bénéficieront d’un coaching adapté à leurs problématiques. Si à ce jour, une dizaine de candidatures ont été reçues, Benjamin Carlier se veut rassurant en ajoutant que le nombre n’est pas la priorité du Tremplin. Seuls la qualité et le potentiel priment. Cette première promotion de sprinteuses démarrera en Juin 2016. « Nous attendons des idées surprenantes, nouvelles. Les femmes se rendent comptent que le monde du sport s’est souvent plus adapté à la pratique masculine ». De cette prise de conscience peuvent naître bien des idées innovantes.

QUELLES AMBITIONS À 5 ANS ?

Localement, c’est l’idée d’un club des anciens qui est en gestation. « A l’instar de Running Heroes, certaines sart-ups souhaiteront continuer cette aventure en commun, même après la fin de leur incubation. Un « Club Alumni » est d’ores et déjà en réflexion. » selon Benjamin Carlier.

Mais le Tremplin est aussi tourné vers l’étranger. L’idée étant d’attirer également des entreprises étrangères qui viendraient trouver ici un savoir-faire made in France, déjà fort reconnu dans l’univers des start-ups. Et dans l’autre sens, cette internationalisation favorisera l’export de nos start-ups.

Enfin, Benjamin Carlier espère que cette initiative saura être dupliquée en province, mais sans souhaiter forcément en être le fédérateur.

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